Connaissez-vous l’histoire du Tarot de Marseille ?… Laissez-vous guider dans l’histoire fascinante du Tarot qui trouve ses origines à Florence.
- Marie De Bellini

- 1 déc. 2025
- 18 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 déc. 2025
Le voyage secret d’un jeu qui parle à l’âme depuis des siècles.Un héritage spirituel que le destin a failli effacer.
💫 Découvrez l’histoire du Tarot de Marseille : ses origines mystérieuses, son évolution, ses symboles sacrés et son rôle dans la voyance moderne. Un voyage au cœur d’un héritage ésotérique intemporel.
💫 Avant que les cartes ne deviennent des messagères, avant même que les arcanes ne chuchotent leurs vérités…il y avait un langage. Un langage ancien, sacré, peint de couleurs vives et de symboles cachés.
Le Tarot de Marseille n’est pas seulement un jeu : c’est un héritage initiatique.Et comme tous les héritages précieux, il a traversé les âges avec grâce, mystère… et un soupçon de magie.

🀄 Les origines anciennes des cartes : un voyage qui commence en Chine, bien avant la ville de Florence.
Bien avant que les arcanes du Tarot ne prennent forme en Europe, les cartes sont nées dans un tout autre monde…Un monde de dynasties, de soies et d’encre : la Chine du XIe siècle.
🌸 1. Les premières cartes de jeu : un héritage chinois (vers l’an 1000)
Les plus anciens témoignages de cartes remontent à la dynastie Song, autour de l’an 1000.On les appelait les feuillets de papier à jouer.
Ces cartes n’étaient pas encore des outils de voyance :elles servaient au jeu, aux paris, mais aussi à l’enseignement.Certaines représentaient des combinaisons numériques, d’autres des scènes littéraires.
La Chine de cette époque était un empire d’imprimerie, de papier et de symboles :le terrain idéal pour inventer un objet aussi riche que la carte.
🐪 2. Des caravanes de soie aux portes du Moyen-Orient
À travers la Route de la Soie, les cartes quittent progressivement l’Asie.
Elles voyagent :
dans les sacs des marchands,
dans les caravanes,
dans les bateaux qui relient l’Orient au monde arabe.
Les commerçants arabes adoptent les cartes, les transforment et créent les premiers jeux qui ressemblent vraiment à nos cartes modernes.
C’est d’ailleurs par le monde islamique que naissent les quatre enseignes (coupes, épées, deniers, bâtons), ancêtres directs de celles du Tarot.
🕌 3. Les cartes arrivent en Europe : un choc culturel (XIVᵉ siècle)
Vers le milieu du XIVᵉ siècle, les cartes atteignent l’Europe, probablement par :
l’Italie,
l’Espagne,
ou la Provence, via les échanges méditerranéens.
Elles deviennent aussitôt un objet fascinant :à la fois ludique, artistique et mystérieux.
À cette époque, l’Église s’en méfie, les nobles s’en délectent, et les artistes commencent déjà à deviner leur potentiel symbolique.
Les jeux italiens — les tarocchi — apparaissent alors. C’est de cette base que naîtra plus tard notre célèbre Tarot de Marseille.
🛶 L’arrivée des cartes en Occident : Venise, les routes orientales et un succès inattendu
Lorsque les cartes quittent l’Asie pour atteindre l’Europe, elles empruntent surtout les voies marchandes méditerranéennes. Et parmi toutes les portes possibles, c’est Venise, la Cité des Doges, qui devient l’un des principaux points d’entrée.
🌊 1. Venise : le grand carrefour entre l’Orient et l’Occident
Au XIVᵉ siècle, Venise est un empire sur l’eau.Ses navires sillonnent la Méditerranée, commercent avec l’Égypte, la Syrie, la Perse, et ramènent…des soies, du papier, des épices, et parfois, dans les cales, des jeux de cartes venus d’Orient.
Les Vénitiens découvrent alors ces feuillets illustrés, héritiers des jeux chinois
et arabo-persans. Rapidement, les cartes circulent dans toute l’Italie du Nord, puis en Provence, en Catalogne et en Espagne.
🎲 2. L’Europe se passionne : jouer, parier, s’amuser
Les Européens tombent amoureux de ces nouveaux objets.Pas pour leur spiritualité, car à l’époque, il n’existe aucune dimension mystique associée aux cartes, mais pour leur côté ludique, social, excitant.
On joue dans les tavernes, on parie dans les rues,on s’affronte autour de tables improvisées.
Les cartes deviennent l’un des premiers divertissements véritablement populaires. Elles rassemblent toutes les classes sociales: le peuple, les marchands, les soldats, parfois même les nobles.
⛪ 3. L’Église s’en mêle : interdictions, méfiance et bannissements
Cette popularité inquiète rapidement l’Église.
Pourquoi ?
Parce que les cartes entraînent des paris d’argent.
Parce qu’elles provoquent agitation, disputes, jeux nocturnes.
Parce qu’elles détournent les gens de la prière et du travail.
Pour l’Église médiévale, les cartes sont avant tout un outil de jeu, donc un outil de tentation.
Elles n’ont aucune dimension spirituelle…et surtout, elles ne doivent pas en avoir.
Alors, les interdictions se multiplient : interdiction de jouer dans les auberges,interdiction de jouer la nuit, bannissement des cartes lors de certaines fêtes religieuses.
Mais évidemment…plus on interdit, plus le peuple joue.
🌙 4. Aucun lien avec la voyance à cette époque
Il est essentiel de rappeler que, durant cette période :🌟 les cartes ne servaient pas à prédire l’avenir🌟 aucune pratique spirituelle n’y était associée🌟 la dimension ésotérique n’existait pas encore
Elles étaient uniquement des objets de jeu.
Ce n’est que plus tard, avec l’arrivée des tarocchi italiens puis du Tarot de Marseille, que les cartes deviendront un véritable outil symbolique, initiatique et divinatoire.

🎴 Les premiers jeux européens : 52 à 56 cartes pour représenter la société
Lorsque les cartes arrivent en Europe entre le XIVᵉ et le XVᵉ siècle, elles se transforment. Les artistes, les nobles et les artisans vont les adapter à leur culture… et surtout à leur vision de la société.
🌾 1. Des jeux composés de 52 à 56 cartes
La plupart des jeux de cette époque comprennent entre 52 et 56 cartes. Ce sont les ancêtres des jeux modernes.
Pourquoi ce nombre ? Parce qu’ils étaient organisés en quatre famils, et chaque famille représentait une dimension de la vie humaine ou sociale.
Selon les régions, les jeux comportaient :
10 cartes numérales par couleur,
2 à 3 figures (Valet, Cavalier, Roi — parfois Reine),soit un total qui oscillait naturellement entre 52 et 56 cartes.
👑 2. Les familles sociales représentées dans les cartes
Les cartes étaient un miroir de la société médiévale et renaissante. Chaque couleur représentait une famille sociale ou un pouvoir :
🔱 Épées
La noblesse, les guerriers, les chevaliers, le pouvoir armé. Symbolisaient l'autorité, la justice et la lutte.
💰 Deniers (ou pièces)
Les marchands, le commerce, la richesse matérielle. Ils représentaient l'économie, l’effort, l'abondance.
🍷 Coupes
Le clergé, les émotions, la spiritualité, la famille. Elles incarnaient l’âme, la foi et les relations.
🌿 Bâtons
Les paysans, les travailleurs, la créativité, la nature. Ils symbolisaient la croissance, l’action et la vie quotidienne.
🎭 3. Les figures : une mini-cour dans chaque couleur
Chaque famille comportait des personnages qui reflétaient l’ordre social de l’époque :
Le Valet : jeune serviteur ou officier.
Le Cavalier : messager, chevalier, intermédiaire entre le peuple et la noblesse.
Le Roi : l’autorité suprême.
La Reine (introduite plus tard selon les régions) : la puissance féminine.
Ces figures n’étaient pas seulement décoratives : elles montraient comment les gens percevaient le pouvoir, la hiérarchie, et même leur propre place dans le monde.
🌙 4. Une structure qui existe encore aujourd’hui
Le jeu de 52 cartes moderne (cœur, pique, carreau, trèfle) descend directement de cette structure. On retrouve les quatre familles, les figures, et même une partie du symbolisme social d’origine… devenu plus discret, mais toujours présent.
🃏 Les jeux de 52 cartes : les ancêtres directs des Lames Mineures du Tarot
🃏 Les jeux de 52 cartes : les ancêtres directs des Lames Mineures du Tarot
Lorsque les jeux de cartes arrivent en Europe entre le XIVᵉ et le XVᵉ siècle, ils se présentent presque toujours sous une forme que nous connaissons bien aujourd’hui : 52 cartes, réparties en quatre familles, avec des chiffres et des figures.
Ces jeux, utilisés uniquement pour jouer et parier, sont en réalité les ancêtres directs des Lames Mineures du Tarot.
🔸 Pourquoi ?
Parce que leur structure est presque identique :
Quatre familles (ou enseignes) → qui deviendront Coupes, Deniers, Bâtons et Épées
Des cartes numérales (de 1 à 10) → qui seront reprises telles quelles dans les lames mineures
Des figures (Roi, Reine, Valet)→ qui inspireront les Roi, Reine, Cavalier, Valet du Tarot
Les tarocchi italiens, ancêtres du Tarot de Marseille, n’ont fait qu’enrichir et complexifier cette structure déjà existante.
On peut donc dire, sans la moindre hésitation, que :
🌟 Les Lames Mineures du Tarot sont nées directement de ces premiers jeux de cartes venus d’Orient.
Le Tarot n’a pas inventé cette architecture : il l’a transformée, sacralisée, symbolisée…et lui a donné une profondeur spirituelle que les jeux ordinaires n’avaient pas.

🌙 1. Aux origines : l’ombre et la lumière d’un héritage ancien
L’histoire exacte du Tarot reste enveloppée de mystère. Certains disent qu’il vient de l’Égypte ancienne, d’autres qu’il serait né dans les traditions kabbalistiques ou soufies. Mais la trace la plus fiable nous conduit en Italie au XVe siècle, où l’on retrouve les tarocchi, des cartes utilisées d’abord comme divertissement noble.
Ces premiers jeux ne prédisaient pas encore l’avenir : ils étaient des œuvres d’art, peints à la main, offerts aux grandes familles.
Mais déjà, les symboles étaient là. Déjà, les mystiques reconnaissaient quelque chose… une vibration familière.
🌟 1420–1450 : la naissance des “Triomphes”, futurs Arcanes Majeurs
Entre 1420 et 1450, en pleine effervescence de la Renaissance italienne, apparaît une innovation capitale dans l’histoire des cartes : de nouvelles images, de nouvelles cartes, totalement inconnues jusque-là, que l’on baptise “Triomphi” ou “Trionfi”.
🎭 Pourquoi les créer ?
À l’origine, les jeux de cartes venus d’Orient étaient simples : des familles, des chiffres, quelques figures.Ludique, pratique, idéal pour parier.
Mais en Italie, on veut complexifier le jeu, rendre les paris plus excitants, et introduire une dimension narrative. On invente alors une série de cartes supplémentaires : des images fortes, allégoriques, qui triomphent des autres cartes du jeu. D’où leur nom.
Les Triomphes sont donc ajoutés aux anciens jeux orientaux pour en faire une version plus riche, plus noble, plus sophistiquée.
🎨 Une iconographie très diverse selon les villes italiennes
Chaque grande cité italienne, Milan, Ferrare, Florence, Bologne, propose sa propre vision des Triomphes.
Résultat :
les dessins changent
les symboles varient
l’ordre n’est pas encore fixé
certaines figures apparaissent et disparaissent
Le Tarot n’est pas encore un Tarot : c’est une mosaïque d’interprétations artistiques, influencée par la culture locale, les familles princières et les artistes de cour.
🜂 L’origine des Arcanes Majeurs
Les Triomphes sont les ancêtres directs de ce que nous appelons aujourd’hui :
🌙 les Arcanes Majeurs
Ces cartes puissantes, Le Bateleur, La Papesse, La Roue de Fortune, La Mort, Le Monde, etc.
tirent leur origine uniquement d’Italie, au cœur de la Renaissance, et pas du tout d’Orient, contrairement aux jeux mineurs.
Elles portent :
une signification philosophique
une symbolique religieuse
des enseignements moraux
et, plus tard, une dimension ésotérique (que les occultistes du XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles développeront)
À l’époque, elles n’étaient pas encore utilisées pour prédire l’avenir, mais pour jouer, raconter, célébrer l’ordre du monde dans une vision très Renaissance.
✨ En résumé
Entre 1420 et 1450, l’Italie invente :
les premières cartes allégoriques
les premiers jeux mi-ludiques, mi-philosophiques
les Triomphes, futur cœur des Tarots
la matrice exacte de nos Arcanes Majeurs modernes
Ces créations donneront naissance, un siècle plus tard, au célèbre Tarot de Marseille.
🎨 Quand les artistes transforment les cartes :
la naissance des Triomphes
Au cœur de l’Italie de la Renaissance, une idée nouvelle surgit dans l’esprit des artistes :peindre des cartes inspirées des grandes parades publiques, des processions, des fêtes et des symboles néo-platoniciens qui dominaient alors la culture.
Les cortèges appelés Triomphes, hérités de l’Antiquité romaine, étaient de véritables spectacles. Chars décorés, allégories vivantes, figures mythologiques, vertus morales, planètes, héros, scènes religieuses…Toute l’imagerie visuelle de la Renaissance circulait dans les rues.
Les dessinateurs, fascinés par cette richesse, commencèrent à illustrer des cartes à jouer en reprenant ces thèmes. On vit alors apparaître des images telles que :
la Force
la Tempérance
la Mort
la Fortune
le Monde
le Soleil et la Lune
ou encore des figures comme le Fou, le Pape, l’Impératrice…
Ces cartes ne ressemblaient à rien de ce qui existait auparavant dans les jeux orientaux.
🜂 Un nouveau jeu, plus puissant, plus symbolique
Les créateurs de l’époque appelèrent ces cartes Triomphes (Trionfi), car :
elles représentaient les grandes allégories qui “triomphaient” dans les parades publiques,
et parce que, dans le jeu, chaque carte était plus puissante que la précédente.
Le “jeu des Triomphes” n’était donc pas seulement un divertissement : c’était une échelle symbolique, un parcours initiatique, une montée progressive vers le sens et la compréhension.
Ces cartes deviendront, quelques siècles plus tard :
🌟 les 22 Arcanes Majeurs

🇮🇹 Marsilio Ficino et l’Académie de Florence : le souffle néo-platonicien derrière le Tarot
Au XVe siècle, en pleine Renaissance, un homme joue un rôle central dans la renaissance du
néo-platonisme : Marsilio Ficino — Marcel Ficin en français.
Philosophe humaniste, astrologue, prêtre et érudit d’exception, Ficino est choisi par les puissants Médicis pour diriger la prestigieuse Académie de Florence. Sous leur protection, il se voit confier une mission immense :📜 traduire et transmettre les textes de Platon,📜 ainsi que le Corpus Hermeticum, les textes attribués à Hermès Trismégiste, pilier de l’ésotérisme occidental.
🌙 Une Académie dédiée à la sagesse antique
Sous sa direction, l’Académie devient un haut lieu où l’on étudie et revisite, à la lumière du christianisme :
l’alchimie
l’astrologie
l’hermétisme
le pythagorisme
la cabale
et toute la tradition symbolique antique
C’est un creuset où se rencontrent philosophie, mystique, art, religion et science : la véritable matrice culturelle dans laquelle les Triomphes du Tarot vont se développer.
🎭 Quand le jeu devient outil d’enseignement
Marsilio Ficino, passionné par les correspondances entre les mondes visibles et invisibles, confie aux Médicis son projet audacieux : s’inspirer de Platon et utiliser le " JEU" comme outil pédagogique.
Son idée est simple et géniale :📌 à travers des images allégoriques, les étudiants pourraient comprendre plus facilement les principes néo-platoniciens.
Une image vaut mille mots. Et une suite de cartes, allant du Fou jusqu’au Monde, peut raconter un voyage philosophique complet : la montée de l’âme, ses épreuves, ses vertus, ses illusions, ses accomplissements.
Ainsi, Marsilio Ficino a influencé en profondeur l’esprit du Tarot en s’inspirant directement :
des enseignements de Platon
des thèmes hermétiques
des allégories morales
et des grands principes spirituels étudies à Florence
Le Tarot devient alors bien plus qu’un jeu :✨ une représentation symbolique du voyage de l’âme, telle que pensée par la philosophie néo-platonicienne.
🔱 Quand Marsilio Ficino façonne les 22 Triomphes :
le premier Tarot philosophique
Ainsi, dans cette Florence effervescente, Marsilio Ficino, se tourne naturellement vers le jeu de tarot, déjà populaire dans les villes italiennes . Mais ce tarot n’est pas encore uniformisé :📍 d’une région à l’autre, les figures changent,📍 les symboles varient,📍 l’ordre n’est pas le même.
Ce qui attire l’attention de Marsilio Ficino, ce ne sont pas les cartes ordinaires, mais les Triomphes.
Il y voit une structure parfaite pour enseigner la philosophie platonicienne.
✨ Revisiter les Triomphes : de la carte ludique au chemin initiatique
Ficino comprend qu’il n’a pas besoin d’inventer un système entier : les Triomphes existent déjà.
Il lui suffit de :
les renommer,
les numbrer,
les restructurer,
et les retoucher symboliquement pour qu’ils deviennent un véritable voyage de l’âme, depuis son incarnation terrestre jusqu’à son union avec le Divin.
C’est ainsi qu’il fixe progressivement le nombre de 22 cartes, correspondant à :
les étapes de l’ascension spirituelle
les degrés de sagesse
et les grands principes néo-platoniciens que les étudiants doivent comprendre.
🜁 Un voyage de l’âme en 22 étapes
Le nombre 22 n’est pas choisi au hasard. Il résonne avec plusieurs traditions philosophiques connues de l’Académie :
les 22 lettres sacrées
les 22 voies initiatiques
les 22 étapes d’élévation spirituelle
les 22 degrés de transformation de l’âme selon certaines écoles hermétiques
Marsilio Ficino veut un ensemble qui raconte le voyage complet de l’âme, depuis la Terre (Le Bateleur) jusqu’à Dieu (Le Monde).
🎨 La création d’un jeu de 22 Triomphes
Marsilio Ficino commande alors un jeu entièrement dédié à l’enseignement. Un artisan est engagé pour fabriquer un jeu de 22 Triomphes, sous la supervision directe de l’Académie.
Pas de lames mineures. Pas de couleurs régionales variables.Juste les 22 images initiatiques, pures, symboliques, construites pour guider et réfléchir.
Ce jeu n’a aucune vocation ludique car en l’absence des arcanes mineurs, il est impossible de jouer ou de parier .
Il n’a qu’un seul usage :📚 enseigner les principes néo-platoniciens,✨ guider symboliquement l’âme et offrir un support visuel à la transmission de la sagesse antique.
C’est dans ce contexte que naît l’idée même d’un Tarot philosophique, le premier embryon de ce que l’on appellera plus tard : les Arcanes Majeurs du Tarot de Marseille.
C’est le premier Tarot véritablement philosophique, la matrice spirituelle du Tarot de Marseille et l’ancêtre direct des 22 Arcanes Majeurs que les voyants utilisent encore aujourd’hui.
✨ Marsilio Ficino et la naissance du premier tarot spirituel
Marsilio Ficino, l’une des figures fondatrices du néoplatonisme et véritable père de la Renaissance italienne, bénéficie du soutien éclairé de la famille Médicis. Grâce à leur mécénat, il peut fonder l’Académie platonicienne de Florence, active entre 1470 et 1490, lieu mythique où se rencontrent philosophes, artistes, humanistes et esprits mystiques.
Pour transmettre les principes du néoplatonisme à ses élèves, concepts parfois abstraits ou trop théoriques, Marsilio Ficino cherche un outil pédagogique innovant, visuel, capable de structurer une progression initiatique. C’est alors qu’il se tourne vers le tarot, déjà très populaire dans les cours italiennes.
Parmi les cartes existantes, seules les Triomphes (les futurs Arcanes Majeurs) possèdent une structure symbolique proche de la philosophie platonicienne. Marsilio Ficino décide donc de les remanier, de les renommer, de les réorganiser et de les retoucher. Il fixe ainsi un ensemble cohérent de 22 images, chacune représentant une étape du voyage de l’âme, depuis l’expérience terrestre jusqu’à l’union avec le divin.
Ce jeu des 22 n’a rien d’un divertissement :
il s’agit d’un outil spirituel, une sorte de “livre d’images philosophiques”.
Il est produit en quantité extrêmement limitée, probablement quelques jeux seulement et destiné exclusivement aux enseignements internes de l’Académie. Jamais il n’est diffusé en dehors du cercle des académiciens, ce qui explique pourquoi aucun exemplaire n’a survécu, seulement des traces indirectes dans les écrits et dans l’évolution iconographique ultérieure du tarot européen.
L’artisan chargé de sa réalisation, un maître cartier florentin dont le nom n’a pas été conservé, reçoit pour ce travail une rente annuelle, signe de l’importance accordée à l’objet et du désir des Médicis de soutenir un projet à la fois artistique, philosophique et ésotérique.
Ce tarot initiatique de Marsilio Ficino constitue l’un des jalons essentiels ayant conduit, deux siècles plus tard, à la fixation de la structure des 22 Arcanes Majeurs du Tarot de Marseille.

🔮 Les collaborateurs de Ficino et le tarot de l’Académie de Florence
Marsilio Ficino ne travaille pas seul. Autour de lui gravitent de nombreux érudits et humanistes qui participent à l’essor de l’Académie platonicienne de Florence.
Parmi eux, Pico della Mirandola se distingue.Philosophe génial et précurseur de la pensée humaniste, il apporte à l’Académie son expertise sur la Kabbale chrétienne, mélange subtil de mystique juive et de symbolisme chrétien, revisité à la Renaissance.
Cette collaboration intellectuelle donne naissance à une œuvre unique : le tarot de Marsilio Ficino, aussi appelé tarot de l’Académie de Florence.
Composé de 22 cartes seulement,
Exclusivement dédié à l’enseignement,
Et conçu comme un outil d’apprentissage spirituel, philosophique et ésotérique,
ce tarot n’a rien d’un jeu de hasard.Chaque carte est une étape du voyage de l’âme, une leçon symbolique et initiatique, destinée à guider les étudiants dans la compréhension des concepts
néo-platoniciens et hermétiques enseignés à l’Académie.
En somme, ce tarot constitue le premier outil pédagogique initiatique de l’histoire du Tarot, bien avant qu’il ne devienne un instrument divinatoire.
🔥 1491 : Le bûcher des Vanités et la disparition du tarot de l’Académie
En 1491, Florence connaît une période sombre de son histoire culturelle et spirituelle.
Girolamo Savonarola, dominicain fervent et réformateur radical, prend le pouvoir moral et politique. Sa vision est claire et implacable : tout ce qui n’est pas strictement chrétien doit disparaître. Les Médicis sont chassés, l’Académie platonicienne est fermée, et Marsilio Ficino se voit contraint de renier publiquement ses croyances néo-platoniciennes pour éviter d’être accusé d’hérésie.
Savonarola organise le célèbre Bûcher des Vanités : un autodafé monumental où sont jetés dans les flammes :
les œuvres d’art de la Renaissance
les livres jugés impies ou trop païens
les instruments de pensée philosophique et ésotérique
Et parmi ces trésors brûlés se trouvait le tarot de l’Académie de Florence, ce jeu unique de 22 Triomphes initiatiques, conçu par Ficino pour l’enseignement spirituel.
Seule une carte échappa à la destruction : elle avait été jetée à temps dans un puits avant une inspection surprise des autorités morales. Cette carte isolée devient aujourd’hui le symbole fragile et miraculeux d’une tradition perdue, le témoignage d’un savoir ésotérique florentin que Savonarola avait voulu effacer à jamais.
Ainsi s’achève le chapitre florentin du tarot philosophique, mais l’esprit des 22 Triomphes survivra, se diffusant lentement en Italie du Nord, avant d’inspirer les futurs Tarots français et, finalement, le Tarot de Marseille.
🃏 La survie du tarot grâce aux moules de l’artisan
Malgré le Bûcher des Vanités et la destruction systématique du tarot de l’Académie, les autorités religieuses florentines avaient oublié un détail crucial : un jeu de tarot ne se réduit pas aux cartes elles-mêmes. Pour les fabriquer, on utilisait des moules en bois, gravés et prêts à produire plusieurs exemplaires. Or, ces moules n’étaient pas conservés à l’Académie mais chez l’artisan chargé de produire les jeux, un certain Martilio.
Lorsque Girolamo Savonarola impose son règne moral et que Florence est déstabilisée, un événement inattendu se produit : le roi de France entre en guerre contre l’Italie, et plusieurs villes italiennes, dont Florence, tombent sous occupation française.
Martilio saisit cette occasion. Pour se protéger du fanatisme religieux et obtenir une compensation financière, il vend discrètement les moules en bois aux soldats français qui occupent la ville.
Ainsi, malgré la destruction des cartes originales, le Tarot de l’Académie survit sous une autre forme. Présenté aux Français comme un jeu inédit, il devient rapidement connu sous le nom de “Tarot de Marsilio”, perpétuant l’héritage florentin tout en échappant à la censure de Savonarola.
🏛️ De Florence à Lyon : la naissance du Tarot français
Lorsque les soldats français quittent Florence avec les moules en bois de Martilio, ils ramènent ces précieux instruments en France, et finissent par les vendre à Lyon.
À cette époque, Lyon est la capitale économique et financière de la France, et l’un des plus grands centres culturels d’Europe. La ville attire artisans, imprimeurs et marchands, et devient rapidement un lieu stratégique pour la diffusion des idées et des produits culturels.
En 1507, les archives lyonnaises mentionnent pour la première fois un jeu de tarot produit en France.Ce tarot, très probablement issu du Tarot de l’Académie de Florence, marque le début de l’histoire du Tarot français.
Bien que ces jeux aient été fabriqués à Lyon, ils sont plus tard connus sous le nom de Tarot de Marseille.
Comment expliquer cette transformation du nom ?
Les soldats avaient présenté les moules comme le Tarot de Marsilio, en référence à Marsilio Ficino.
À cette époque, Marseille s’écrivait « Marselha » en occitan provençal et se prononçait “marsijo”.
Les marchands et imprimeurs français comprirent donc “Tarot de Marsilio” comme Tarot de Marseille (marsijo).
Ainsi, le Tarot de Marseille naît de la rencontre entre Florence et Lyon, héritant des 22 Triomphes philosophiques de l’Académie, mais se diffusant et s’adaptant progressivement en France, tout en gardant la structure initiatique et symbolique conçue à Florence.
🃏 De Lyon à la standardisation : l’ajout des Arcanes Mineurs et l’essor des maîtres-cartiers
Lorsque les moules du Tarot de l’Académie arrivent à Lyon, un constat s’impose rapidement aux artisans : ces moules ne comprennent que les Arcanes Majeurs. Pour pouvoir vendre les cartes comme un jeu de société complet, il fallait ajouter les Arcanes Mineurs.
Les artisans lyonnais se tournent alors vers les vieux jeux de cartes italiens déjà en circulation depuis plusieurs décennies :
les enseignes traditionnelles
les chiffres et figures
les quatre couleurs (bâtons, coupes, deniers, épées)
Ces éléments servent de modèle pour compléter le tarot. Ainsi naît le tarot moderne complet, avec 22 Arcanes Majeurs et 56 Arcanes Mineurs, prêt à circuler comme jeu populaire.
🏛️ Lyon : un centre majeur de production de tarot
À partir de ce moment, Lyon devient une ville phare pour la fabrication et la diffusion des Tarots. De nombreux artisans et maîtres-cartiers y établissent leur commerce.Parmi eux, les Rolichons se distinguent particulièrement :
François Rolichon : actif dès 1570, mentionné dans les archives lyonnaises
Nicholas Rolichon : prend la relève en 1575
Albert Rolichon : actif en 1660, poursuivant la tradition familiale
🜂 Les Arcanes de Nicholas Rolichon : un lien direct avec l’Académie
Malheureusement, le jeu de 1507 est perdu.Mais les images des Arcanes Majeurs de Nicolas Rolichon sont parvenues jusqu’à nous, et elles sont probablement les plus proches reproductions des Triomphes de l’Académie de Florence.
On peut donc considérer que le tarot de Nicholas Rolichon est le lien direct entre le Tarot initiatique florentin et le Tarot de Marseille, tel qu’il sera connu quelques décennies plus tard :
structure des 22 Arcanes Majeurs conservée
symbolisme hérité des Triomphes
et standardisation progressive pour un usage ludique et populaire
Ainsi, Lyon joue un rôle central dans la transition entre le tarot philosophique florentin et le tarot français complet, préparant la diffusion définitive du Tarot de Marseille.
🔮 Retrouver le Tarot de l’Académie de Florence à travers ses héritiers
Si l’on souhaite reconstituer le Tarot de l’Académie de Florence, il faut se tourner vers les jeux qui en sont les plus fidèles descendants.
Le point de départ le plus sûr est le tarot de Nicolas Rolichon, car il constitue le plus ancien exemplaire encore disponible et conserve de nombreuses caractéristiques héritées directement des Triomphes de l’Académie.
Mais d’autres jeux permettent également d’approcher ce modèle historique et philosophique :
le tarot de Daudal
le tarot de Noblet
le tarot de Vieville
le tarot de Payen
En comparant ces jeux, on peut observer la continuité symbolique et graphique des Arcanes Majeurs, ainsi que les influences de Florence et de Lyon, avant la standardisation complète du Tarot français.
🜂 La transition vers les Tarots de Marseille “type 2”
Au début du XVIIIᵉ siècle, un changement significatif intervient :
les anciens moules sont détruits
de nouveaux moules sont créés, avec un graphisme plus moderne et adapté aux goûts contemporains
ces nouveaux jeux sont connus comme les Tarots de Marseille type 2
Parmi eux, on trouve des exemples célèbres :
le tarot de Madenié
le tarot d’Airy
le tarot de Chosson
Ces jeux présentent un style artistique standardisé, mais conservent la structure et l’ordre des 22 Arcanes Majeurs transmis depuis le Tarot de l’Académie de Florence, offrant ainsi un pont entre l’héritage initiatique du XVe siècle et le Tarot populaire du XVIIIᵉ siècle.
✨ Ainsi, le Tarot de Marseille n’est pas né par hasard : il est le fruit d’un voyage historique et philosophique, allant des Triomphes florentins de l’Académie, en passant par Lyon, jusqu’à la France du XVIIIᵉ siècle, conservant intact le message initiatique et symbolique des Arcanes Majeurs.

, ✒️ – Marie de Bellini
Voyante, médium et messagère des âmes. Elle ne prédit pas le futur : elle aide à le comprendre avant qu’il n’arrive. 🌹
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Annecy. Geneve. France.





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