"LE KARMA" : Et si nous faisions fausse route depuis toujours ?

LES CHRONIQUES DE MARIE DE BELLINI
Justice divine, réincarnation, conscience et libre arbitre : et si nous avions mal compris le sens de nos existences ?
Par Marie de Bellini — Novembre 2026
Le karma, ce grand malentendu
« Ne vous inquiétez pas, le karma s'en chargera. »
Voilà une phrase que nous avons tous entendue. Elle surgit généralement après une trahison, une injustice, une rupture douloureuse ou une déception.
Elle possède même quelque chose de délicieusement consolateur. Inutile de se venger : l'Univers s'occuperait de tout.
Comme si, quelque part dans l'immensité cosmique, un tribunal invisible tenait soigneusement les comptes de nos bonnes et de nos mauvaises actions.
Les généreux seraient récompensés. Les malveillants punis. Les trahisons finiraient par se payer et les bonnes intentions par porter leurs fruits.
Une comptabilité céleste, en quelque sorte.
Mais depuis quand le Divin, la source ou l'univers devraient-ils fonctionner selon les règles de notre justice humaine ?
Après plus de quarante années consacrées au Tarot de Marseille, à la médiumnité et à l'écoute des histoires humaines, j'ai développé une conception du karma bien différente de cette idée de récompense et de châtiment.
Je ne prétends pas détenir une vérité absolue. Je souhaite simplement partager une réflexion née de mon expérience, de mes rencontres et de mon cheminement spirituel.

Et si le karma n'était pas une dette à rembourser, mais un état de conscience à transformer ?
« Pourquoi mon mari est-il mort ? Je suis pourtant quelqu'un de gentil. »
Je me souviens d'une cliente qui venait de perdre son mari.
Au cours de notre échange, elle m'a posé une question bouleversante :
« Pourquoi mon mari est-il mort alors que je suis quelqu'un de gentil ? Qu'ai-je fait pour mériter cela ? C'est quoi, le karma ? »
Cette interrogation m'a profondément marquée.
Au-delà de son chagrin, cette femme exprimait une croyance profondément ancrée dans notre manière de concevoir l'existence : si nous sommes bons, la vie devrait nous épargner.
Comme si notre gentillesse constituait une assurance contre le malheur.
Comme si aimer, respecter les autres et mener une existence honnête devait nous protéger de la maladie, des séparations et de la mort.
Mais la vie n'a jamais signé un tel contrat avec nous.
La mort n'est pas une punition. La disparition d'un être aimé ne signifie pas que nous avons commis une faute. Et la souffrance n'est pas la preuve d'une dette karmique.
Nous confondons trop souvent ce qui nous fait souffrir avec ce qui serait injuste à l'échelle de l'Univers.
La mort fait partie de la vie.
Nous pouvons la redouter, la pleurer, nous révolter contre elle. Nous pouvons souhaiter de toutes nos forces qu'elle n'ait pas eu lieu.
Mais notre désir ne change pas sa réalité.
Cela ne diminue en rien la douleur du deuil. Cela nous rappelle seulement que la vie ne se conforme pas toujours à ce que nous voudrions qu'elle soit.
La justice : une invention humaine que nous projetons sur le Divin, la source, l'univers ...
La justice est une construction humaine.
Nous avons élaboré des lois, des règles, des tribunaux et des principes moraux pour organiser nos sociétés, protéger les individus et sanctionner certains comportements.
Ces institutions sont indispensables à notre vie collective.
Mais pourquoi imaginons-nous que l'Univers fonctionne de la même manière ?
Pourquoi faudrait-il qu'une intelligence divine récompense les bons et punisse les méchants selon nos critères ?
Nous faisons quelque chose de comparable avec le temps.
Nous avons inventé les calendriers, les horloges, les heures et les années pour mesurer et organiser notre existence. Cela ne signifie pas que le temps lui-même soit une invention :
il possède une réalité physique. Mais notre manière de le découper est humaine.
Nous cherchons à mesurer, classer, expliquer et juger.
Puis nous projetons parfois ces catégories sur ce qui nous dépasse.
Nous voudrions que le Divin nous fournisse des réponses, des échéances, des compensations.
Nous voudrions comprendre pourquoi telle personne meurt jeune, pourquoi une autre traverse des épreuves, pourquoi certains semblent réussir sans effort tandis que d'autres luttent toute leur vie.
Mais peut-être faisons-nous fausse route en imaginant que tout événement possède une signification morale.
Ce qui nous arrive n'est pas nécessairement un jugement sur ce que nous sommes.
Le karma : une question d'énergie et de conscience ?
Ma conception du karma repose sur une conviction personnelle : notre état intérieur participe à la réalité que nous vivons.
Nos pensées, nos émotions, nos croyances et nos intentions influencent notre manière d'appréhender le monde.
Une personne habitée par la peur ne perçoit pas les événements de la même manière qu'une personne qui cultive la confiance.
La première peut voir des dangers partout, se protéger continuellement, refuser certaines rencontres ou certaines possibilités.
La seconde peut se montrer davantage disponible, attentive, ouverte à l'inattendu.
Il ne s'agit pas de prétendre que penser positivement suffit à transformer miraculeusement notre existence.
Mais nos états intérieurs influencent nos comportements, nos décisions et nos relations.
À cette dimension psychologique, j'associe une dimension spirituelle.
Je considère l'être humain comme un être énergétique, dont l'état de conscience participe à sa relation avec le monde.
Dans ma vision, nos pensées et nos émotions possèdent une dimension vibratoire qui entre en résonance avec notre environnement.
Cette conception relève de ma spiritualité. Elle ne doit pas être confondue avec les champs énergétiques mesurables par la physique, et l'idée que nos vibrations attireraient directement certains événements n'est pas scientifiquement démontrée.
Mais je crois que la transformation de notre monde intérieur peut favoriser une transformation de notre expérience de la vie.

Nous ne voyons pas seulement le monde tel qu'il est. Nous le regardons aussi à travers ce que nous portons en nous.
La Source : cette énergie suprême à laquelle nous sommes reliés
Personnellement, la Source est le Divin, la source, l'univers.
Elle est cette Énergie suprême, cette présence universelle à laquelle je crois que notre conscience est profondément reliée.
Je ne conçois pas le Divin, la source ou l'univers comme un juge qui observerait nos actes pour nous distribuer des récompenses ou des sanctions.
Je le perçois comme une réalité spirituelle qui dépasse notre compréhension humaine.
Et je crois que nous pouvons nous rapprocher de cette Source par la méditation et la pleine conscience.
Méditer, ce n'est pas demander à l'Univers de satisfaire tous nos désirs.
Ce n'est pas non plus chercher à échapper aux difficultés de l'existence.
C'est apprendre à faire silence.
À observer nos pensées sans nous laisser systématiquement entraîner par elles.
À reconnaître nos émotions sans leur abandonner toute notre liberté.
À retrouver une présence intérieure que le tumulte quotidien nous fait parfois oublier.
Dans mon cheminement spirituel, cet état de pleine conscience permet de nous reconnecter au Divin, à la source, à l'univers.
Plus nous cultivons cette connexion, plus je crois que nous pouvons entrer dans une forme d'harmonie intérieure qui favorise des expériences positives.
Non pas parce que nous aurions trouvé une formule magique pour obtenir ce que nous voulons.
Mais parce que notre état de conscience transforme notre rapport à l'existence et, dans ma conviction spirituelle, notre relation énergétique au monde.
La Source n'est pas là pour exaucer nos exigences. Elle est, à mes yeux, ce à quoi nous pouvons nous relier pour vivre avec davantage de conscience.
Sommes-nous responsables de ce qui nous arrive ?
Voilà probablement la question la plus délicate.
Je crois à la responsabilité individuelle.
Nous sommes responsables de nos actes, de nos intentions et des choix que nous pouvons réellement exercer.
Nous pouvons entretenir certaines croyances qui nous limitent, reproduire des comportements qui nous font souffrir ou rester prisonniers de nos peurs.
Nous pouvons aussi apprendre à reconnaître ces mécanismes et à les transformer.
Mais être responsable ne signifie pas être tout-puissant.
Nous ne choisissons pas toutes les circonstances de notre naissance. Nous ne contrôlons pas les décisions des autres. Nous ne pouvons empêcher toutes les maladies, toutes les pertes, tous les accidents.
Et nous ne sommes certainement pas coupables de toutes les souffrances qui nous frappent.
Je me méfie de ces discours spirituels qui affirment qu'une personne malade aurait attiré sa maladie ou qu'une personne endeuillée aurait provoqué son malheur par de mauvaises vibrations.
Une telle interprétation peut ajouter une culpabilité cruelle à une douleur déjà immense.
Ce n'est pas ma conception du karma.
La responsabilité nous donne la possibilité d'évoluer. La culpabilité nous enferme dans une faute que nous n'avons parfois jamais commise.
L'âme : une évolution qui dépasse une seule existence
Je crois également que notre existence terrestre ne représente qu'une étape dans le cheminement de l'âme.
Dans ma conception spirituelle, l'âme poursuit son évolution à travers plusieurs existences.
Chaque incarnation constituerait une nouvelle expérience, une possibilité d'apprendre, de comprendre et de développer sa conscience.
La mort marquerait alors la fin d'une vie terrestre, mais non la fin de ce cheminement.
Cette conviction rejoint certaines traditions spirituelles qui envisagent la réincarnation, même si celles-ci ne partagent pas toutes la même définition du karma ou de l'âme.
La réincarnation demeure une croyance spirituelle, et non un fait scientifiquement établi.
Mais elle donne une dimension particulière à ma réflexion.
Je ne crois pas que nous revenions sur Terre pour payer des fautes anciennes.
Je préfère envisager l'évolution de l'âme comme un mouvement de conscience, plutôt que comme une succession de condamnations.
Il ne s'agirait pas de subir pour expier, mais de vivre, d'expérimenter et d'évoluer.
Et cette évolution ne saurait justifier la souffrance d'autrui.
Nous ne connaissons pas les raisons ultimes de chaque événement, et aucune croyance sur les vies antérieures ne devrait nous autoriser à juger les épreuves d'une autre personne.
Accepter les événements tels qu'ils sont
Il existe une idée qui me paraît essentielle dans notre rapport à l'existence :
Apprendre à accepter les événements tels qu'ils sont, et non tels que nous voudrions qu'ils soient.
Cette phrase peut sembler simple.
Elle est pourtant l'une des plus difficiles à mettre en pratique.
Nous passons parfois une énergie considérable à refuser intérieurement ce qui s'est déjà produit.
Nous voudrions qu'une relation n'ait jamais pris fin, qu'une personne ne nous ait jamais quittés, qu'une décision ait été différente.
Nous imaginons mille scénarios dans lesquels la réalité aurait suivi nos désirs.
Mais ce qui est arrivé appartient désormais à notre histoire.
L'acceptation ne signifie pas l'approbation.
Accepter une injustice ne signifie pas renoncer à la combattre. Accepter un deuil ne signifie pas cesser d'aimer. Accepter une épreuve ne signifie pas devoir en être reconnaissant.
Cela signifie reconnaître progressivement ce qui ne peut plus être changé, pour retrouver une liberté d'action sur ce qui demeure possible.
Cette démarche ne se commande pas. Elle demande parfois des années, et chacun avance à son propre rythme.
La pleine conscience peut nous accompagner dans ce cheminement.
Elle nous invite à revenir au présent, là où nous pouvons encore agir, aimer, comprendre et choisir.

La paix intérieure ne consiste pas à obtenir une vie sans épreuves, mais à ne pas laisser chaque épreuve nous éloigner définitivement de nous-mêmes.
Et si nous cessions de demander des comptes à l'Univers ?
Nous voulons des réponses.
Nous voulons savoir pourquoi.
Pourquoi cette rupture ? Pourquoi cette maladie ? Pourquoi cette disparition ? Pourquoi cette injustice ?
Nous voudrions parfois que l'Univers se justifie.
Mais le Divin, tel que je le conçois, n'est ni un tribunal ni une administration chargée de traiter nos réclamations.
La vie n'est pas une succession de récompenses et de punitions.
Elle est une expérience dont nous ne maîtrisons ni tous les événements ni toutes les conséquences.
Nous pouvons néanmoins choisir de cultiver davantage de conscience, d'attention, de responsabilité et de présence.
Nous pouvons apprendre à ne plus confondre nos peurs avec des certitudes, nos désirs avec des droits acquis, et nos souffrances avec des condamnations.
Nous pouvons chercher à nous rapprocher de la Source, non pour négocier avec le destin, mais pour développer cette harmonie intérieure que je considère comme essentielle à notre évolution.
Le dernier mot.
Après plus de quarante années passées à écouter les histoires humaines, je continue de m'interroger sur les mystères de notre existence.
Je crois à l'évolution de l'âme, à la puissance de la conscience et à cette relation spirituelle qui nous unit au Divin.
Mais je ne crois pas que l'Univers soit tenu de nous offrir une existence conforme à nos attentes.
La mort fait partie de la vie.
La souffrance n'est pas nécessairement une punition.
Le bonheur n'est pas obligatoirement une récompense.
Et notre bonté ne constitue pas un contrat d'immunité contre les épreuves.
Peut-être devrions-nous cesser de considérer le karma comme une dette dont il faudrait s'acquitter.
Peut-être pourrions-nous le regarder comme une invitation à prendre conscience de nos actes, de nos pensées et de notre manière d'habiter le monde.
Nous ne pouvons pas tout contrôler.
Mais nous pouvons continuer à évoluer.
Et si la plus grande sagesse consistait finalement à comprendre que la vie n'a pas à répondre à nos exigences pour avoir un sens ?
Le Divin n'a peut-être aucun compte à nous rendre. Mais nous avons, nous, une conscience à éveiller.

Une nouvelle Chronique de Marie de Bellini sera bientôt publiée.
Chronique n°3 • 01 novembre 2026
LE KARMA : ET SI NOUS FAISIONS FAUSSE ROUTE DEPUIS TOUJOURS ?




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